Le tympan de Conques :
description et interprétation du
"tympan du Salut"

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Le Jugement représenté au tympan roman de l'abbatiale de Conques est-il vraiment, comme on le croit souvent, le Jugement dernier* ? Est-ce exactement l’Enfer qui serait représenté à la gauche du Seigneur ?
La condamnation est-elle sans appel et les supplices infligés le sont-ils pour l’Eternité ?
Nous voudrions montrer que la réalité est bien plus subtile.
A bien le regarder, les scènes historiées ne répondent pas tout à fait au critère "Enfer et Paradis" qui découlerait d'une condamnation définitive : il y a bien des diables, affreux et grimaçants, mais aucun des éprouvés ne semble souffrir des tourments qu'ils subissent. Nul visage de pécheur n'est tordu par la douleur, aucun rictus n'indique la moindre trace de souffrance humaine. On voit bien des flammes, mais elles ne semblent pas brûler !
Au contraire, tous les humains représentés dans (ce que beaucoup pensent être) l'Enfer, affichent des visages impassibles, insensibles, inertes voire parfois sereins. Certains même y échappent, nous le verrons !
Drôle d'enfer où les damnés seraient insensibles aux tortures et dont, en plus, ils pourraient sortir ! Devant ce hiatus, on reste perplexe...

Il est pourtant bien question d'un jugement, avec sa balance ; mais si ce n'est pas le Jugement Dernier*, de quel jugement s'agit-il alors ?
Et si ce n'est pas l'Enfer, dans quel lieu résident donc les âmes que nous voyons tourmentées par les démons ?

La réponse est inscrite au tympan : "Homines perversi sic sunt in Tartara mersi" : les hommes pervertis sont ainsi plongés dans les Tartares*.


Mais alors qu'est-ce que le Tartare* ?
Pour la pensée religieuse de ce premier tiers du XIIe siècle (1130-1140), c'est simplement le séjour des morts dans l'attente du Jugement Dernier*.
Nous verrons que le tympan de Conques est une étonnante préfiguration de ce que l'on nommera plus tard le Purgatoire*, concept officialisé au concile de Lyon, en 1274.


La pesée des âmes lors du Jugement particulier : le fléau penche du côté angélique

Le tympan de Conques représente très précisément le retour du Christ sur terre à la fin des Temps, ce que les théologiens appellent la Parousie*.
Selon les Ecritures, le Messie doit revenir pour "juger les vivants et les morts" lors du Jugement Dernier*. Le tympan met en scène l'instant précédant ce jugement : celui-ci est annoncé, il est imminent mais il n'est pas encore prononcé. Tous les acteurs sont en place.
Quel sera le verdict ? Condamnation ou Grâce* ?

Plus de cent figures, quarante personnes, cent trois inscriptions dans un saisissant face à face avec le spectateur, mettent en scène un drame liturgique dont l'enjeu n'est autre que la destinée humaine : vie ou mort pour l'éternité.

Mais le tympan ne représente-t-il pas alors aussi en quelque sorte le moment présent ? Le Messie à son retour sur terre, ne trouve-t-il pas le monde en son état actuel ? Et n'y sommes-nous pas représentés ?

Nous voudrions ici nous débarrasser des projections que notre société contemporaine applique depuis le XIXe siècle à ce tympan, pour proposer une interprétation éclairée par les travaux des médiévistes et les écrits des théologiens médiévaux, capable de refléter le plus fidèlement possible la pensée monacale qui présidait à l'édification de ce chef d'œuvre.
Vu sous cet angle, le thème général du tympan de l'abbatiale dédiée au Saint Sauveur(1) devient naturellement celui du Salut*, et notamment du Salut* par la foi, c'est à dire la rédemption accordée par un Christ miséricordieux à tous ceux qui ont cru en Lui.

C'est cette lecture originale du tympan de Conques à laquelle l'auteur de ce site, Pierre Séguret, vous invite.
En effet, nous le verrons, t
outes les scènes décrivent les étapes d'une véritable "Histoire" du Salut, depuis les temps bibliques jusqu'à l'actualité la plus récente de ce début du XIIe siècle.
Ce récit s'enracine
dans le cadre d'une époque, d'un contexte politique, d'une doctrine catholique et d'une mentalité monacale que ce site s'efforcera d'éclairer.

Pour interpréter ce tympan, selon le fil conducteur de la thèse du Salut, nous vous proposons de suivre un parcours de lecture ordonné en dix chapitres qui permettront d'identifier les personnages, de décrypter les symboles et d'analyser le graphisme et la gestuelle.
Au terme de l'inventaire, le portail de l'abbaye de Conques se révèlera le meilleur "exemplum" de la "Renaissance Romane"(2) du XIIe siècle, qui par la magie du ciseau, nous rend visible l'invisible, mais efficiente, Grâce* du Seigneur. Lire la suite...

Chapitre 1er : la structure générale

Choisir un autre chapitre :

1 Structure générale (les acteurs) 2 Le triomphe de la Parousie 3 Les Demeures  
4 Ligne du temps de l'Eglise en marche 5 Le Tartare  6 Les péchés individuels et collectifs
7 Anomalie architecturale 8 Les signes des temps 9 Esthétique 10 Le Sésame du tympan

AIDE A LA NAVIGATION : l'enchaînement des 10 chapitres proposé repose sur une suite logique qui apporte un élément important de compréhension du tympan de Conques. Nos vous conseillons vivement de suivre les 10 pages principales de ce site dans l'ordre. Autour d'elles s'articulent de nombreuses pages complémentaires. L'ensemble constitue un corpus assez dense d'une soixantaine de pages où l'internaute exigeant trouvera matière à reflexion. Mais cette lecture lui demandera du temps.
On trouvera dans le dossier de presse une introduction et une présentation sommaire du site
.
Les internautes plus pressés trouveront dans la section FAQ des éléments d'approche synthètique qui résument l'essentiel de la thèse et constituent un outil pédagogique.
La page "Sésame" donne la clé d'interprétation du tympan et rassemble l'essentiel de l'argumentation, références à l'appui.

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Chapitre 1er : la structure générale

 

(1) Cette première dédicace au Saint Sauveur était très courante aux temps primitifs de l'Eglise des Gaules. Au IXe s. une seconde dédicace sera attribuée à Sainte Foy. (Remonter)

(2) Renaissance romane
L’art est un des fleurons de la civilisation romane ; celle-ci se déroule et évolue sur plusieurs siècles, remontant à l’époque carolingienne. Elle atteint son apogée au début du XIIe siècle, après la première croisade. Du point de vue culturel elle est caractérisée par l’illustration du "fin amor", l’amour courtois des troubadours occitans qui inventent les « cours d’amour », et au point de vue religieux par la naissance des grands ordres religieux (ordre de Grandmont fondé à la fin du XIe s. ; Chartreux fondés par St. Bruno en 1084 ; Abbaye de Cîteaux fondée en 1098 par Robert de Molesmes ; réforme cistercienne et fondation de l'ordre des Templiers dont St. Bernard de Clairvaux est l'artisan ; Abbaye de Fontevrault fondée en 1101 par Robert d'Arbrissel ; ordre des Prémontrés fondé en 1120 par St. Norbert de Xanten, sans oublier l'ordre des chanoines fondé par Hugues de St. Victor, etc.). Cette refondation monastique s'accompagne d'une rénovation de la théologie. C’est à Hugues de Saint Victor, le grand théologien du XIIe s. que l’on doit les fondements de ce qui sera appelé « Renaissance romane ». L’art, et notamment la sculpture, en seront un des joyaux, dont le tympan de la Rédemption de Conques est exemplaire, tant par son innovation esthétique que par la préfiguration du Purgatoire sous le titre antiquisant de Tartare.
(Remonter)

Dernière mise à jour du site : 20 mars 2010